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Le blog des P'actes

La Commune d'Ungensheim, Village en transition dans le bassin potassique alsacien

Publié par Martine le 2014-06-18
Rencontre avec le maire, Jean-Claude? Mensch dans le cadre du 5ème Voyage Apprenant du Cycle Grundtvig en décembre 2013

Le concept central du mouvement en transition est la résilience : C’est la capacité à réagir aux crises et à être autonome. Lui-même pense global. Nos consciences sont ouvertes sur l’extérieur, ce n’est pas un repli sur soi, c’est une autonomie intellectuelle. Il est hermétique aux messages publicitaires et au politiquement correct. Il est pour libérer l’expression, ouvrir les fenêtres, penser par soi-même. Ici, on a d’abord parlé de diversification, puis de conversion. Mais le bassin minier est en transition : cela signifie : aller vers une autre forme d’économie.
Ungersheim a engagé 21 actions demandant à être partagées, étoffées. Elles ont été officialisées durant la semaine "de la graine à l'assiette" dans la perspective d’une large sensibilisation de la population et de l’élaboration d’un plan de résilience.

4 principes de base :
1. Nous ne pourrons éviter de vivre en consommant beaucoup moins d’énergie. Il vaut mieux s’y préparer que d’être pris par surprise
2. Nos lieux de vie et nos communautés manquent de la résilience nécessaire pour survivre aux importants chocs énergétiques qui accompagneront le pic pétrolier


3. Nous devons agir collectivement et nous devons agir maintenant


4. En déchaînant le génie collectif de nos proches pour concevoir en avance et avec créativité notre descente énergétique, nous pouvons construire des modes de vie plus reliés, plus enrichissants et qui reconnaissent les limites biologiques de notre planète.

Un engagement inscrit dans l’histoire et la culture de l’Alsace Son milieu familial était déjà très engagé, son père syndicaliste à la mine, sa mère à l’Union des Femmes Françaises. Il a baigné dans ce milieu, à l’école, à la JOC, avec un penchant pour Marx et Lénine. Il faut aussi tenir compte du contexte alsacien : plusieurs nationalités avec des enclaves disputées entre la France et l’Allemagne, depuis la fin du Saint Empire germanique en 1690 ! La Révolution française en 1790 a tout fait pour éradiquer la langue. L’Alsace? a été cédée à l’Allemagne après la défaite française de 1870 jusqu’en 1914-1918. Les jeunes Alsaciens servaient dans l’armée allemande. Après 1918, les enfants alsaciens ont été humiliés à l’école. Quand la France a été envahie en 1940, 50 000 personnes ont été déplacées et les hommes, Alsaciens et Mosellans, appelés sous les drapeaux allemands. Strasbourg a été libérée par des conseils ouvriers, des prêtres, des soldats de l’armée allemande alsaciens et des Soviets. Quand les Français sont entrés dans Strasbourg, c’est le drapeau rouge qui flottait !
Ce sont beaucoup de souffrances. Sa génération était interdite de parler alsacien à l’école. Elle s’est repliée sur elle-même. Ici, l’image du notable, c’est le métal- lurgiste, paternaliste et bourgeois. Le bassin potassique était rouge, mais n’avait pas d’élus de gauche. En 1989, il est le premier délégué mineur élu maire.

Nous n’augmentons plus les impôts depuis 2005 Tout s’est construit sur la base de l’histoire locale. Le champ du charbonnier a été défriché il y a mille ans pour l’énergie qu’il apportait. Il a été ensemencé pour nourrir, puis une base d’exploitation industrielle
de la potasse issue du sous-sol de 11 ha. Devenu friche sociale, il est en réhabilitation pour nourrir. C’est une longue histoire dans laquelle il a appris en marchant, à partir d’une intention d’auto-suffisance alimentaire et d’un plan climat en 2006. Quand il est arrivé au pouvoir, le groupe scolaire et la piscine constituaient une dépense d’électricité importante. Il est passé au solaire. Soit 80 000€ d’économies sur le budget communal !
Puis, nous avons voulu faire une ceinture agricole autour du village. Pas dans le discours, mais comme application. Trop de terres sont capturées par les routes et les grandes surfaces. On a constaté que très peu des productions locales servaient à l’alimentation des habitants. Or, nous sommes propriétaires des terres. Nous avons racheté le bail agricole de notre propriété. Le prix du bail correspondait au prix du terrain. Il a été donné gratuitement à une entreprise d’insertion pour développer le maraîchage bio. On poursuit sans s’arrêter dans une perspective de filière « de la graine à l’assiette ». Ça se met en place tout doucement, approvisionne la restauration scolaire, créera au moins 50 emplois. Nous explorons la faisabilité d’une conserverie, d’une malterie et d’une épicerie en coopératives dans la rotation des assolements : légumes, orge, blé.

On a changé d’échelle ! Nos investissements sont mieux centrés avec le cheval de travail, la reprise du bail agricole, une cuisine 750000€ TTC. Les partenariats sont construits sur une intelligence commune et des entreprises, avec les citoyens, d’égal à égal. Le modèle est conçu pour durer. Être innovant reste incompris, en tant qu’élu on est sur un siège éjectable et la commune est très peu aidée, à peine 5% du budget. La cuisine restera à l’association au service des enfants. Les investissements productifs ne coûtent plus rien à la commune, créent de l’emploi d’insertion, forment le personnel communal. Les services techniques sont très demandeurs et maîtrisent bien la gestion des économies d’énergie, pourvu que cela tienne dans leur temps de travail. Ils y sont intéressés par un pourcentage des économies d’énergies réalisées.

Agir pour le « ménagement du territoire »
Un SCOT a été initié avec des écologistes qui ont donné des impulsions. Le PLU est conforme au SCOT. On a négocié notre entrée dans l’Agglomération de Mulhouse, ce qui a apporté des idées, un animateur du Plan Climat, mais les relations restent distantes. Il suit son cap : en 2008, il est très peu consulté sur un projet d’écomusée avec 500 bungalows sur 30 ha. Un gouffre pour la commune. Le Conseil municipal a refusé à l’unanimité la vente du terrain. Le projet a été mis au placard.

Participation et engagement des citoyens

La MCM est en étroite relation avec la commune d’Ungersheim qui a mis à disposition 8 hectares communaux pour un maraîchage bio en insertion et livraison de paniers, dans l’esprit des Jardins de Cocagne. 350 à 400 paniers sont livrés par semaine à des particuliers, ce qui a créé 25 emplois de plus. La commune en a déjà créé 250 en tout. Son projet d’écohameau prévoit le logement de 10 foyers dont 8 se situent dans l’option de la transition et sont ouverts sur l’extérieur. La mairie vient de lancer une monnaie locale : le radis. Tel est le pari ! Le projet européen Interreg auquel la MCM et la commune Ungersheim étaient associés n’a pas été retenu.

Echanges:
Patrick Boase dit qu’en Ecosse des communes veulent faire pareil mais n’ont pas de budget. Seule une association indépendante peut agir.
Bruce Darrell, habitant de Cloughjordan, écovillage en Irlande, dit que dans son contexte des personnes venues de l’extérieur sont le moteur de la dynamique. Ils sont conscients de porter des idées radicales. Ils ont adopté une approche graduelle pour ne pas faire peur. Comment faites-vous pour rallier?
Le maire développe des actions, acceptées ou pas, mais jamais dans une approche radicale. Un projet doit être partagé avec les élus et la société civile avant de le mettre en œuvre. Il procède par étape. Pour le maraîchage, citoyens et élus cultivent. Ils se sont donc appropriés le projet, les belles patates, la récolte, manger ensemble, c’est une joie. Il faut trouver des personnes différentes selon les projets. Une équipe de bénévoles s’est constituée autour du projet d'édification d'une ferme au lieu-dit Kohlacker (ancien carreau minier).

Un blog retrace les étapes des travaux.
http://ungersheim.blogspot.fr(external link)

Il manque d’indicateurs pour apprécier l’implication : Jamais plus de 100 personnes (sur 1600 habitants) aux réunions thématiques. Mais la population se dit fière d’une vision qui prépare le futur, l’avenir de leurs enfants. ça ne l’empêche pas de subir l’érosion du pouvoir. En 3 mandats, il est passé de 65% à 58% puis 53 % votes favorables.

Et si la démonstration est faite que c’est possible, il trouve l’évolution lente, très lente, bien trop lente, car on est déjà dans le mur!