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Le blog des P'actes

Une délégation d'étudiants en Voyage Apprenant: Une première !

Publié par Martine le 2013-03-07
L'Université de Haute Alsace envoie sur le terrain 15 étudiants en Master d'économie sociale et solidaire,déjà expérimentés et volontaires pour mieux comprendre les relations entre les parties prenantes d’une innovation socioéconomique locale reliée. Le choix de ce projet relève d’orientations pédagogiques et de recherche-action qui font partie des options fondatrices de ce Master, dont la directrice est Josiane Stoessel. La priorité est donnée aux capacités inventives et collectives par le croisement des compétences (connaissances, savoir-faire et savoir-être) conjuguée avec l’ouverture à la compréhension de la complexité d’un milieu.

Elle confie à Martine Theveniaut le choix du lieu et l'organisation de la formation, selon la méthodologie du "Voyage Apprenant" qui se définit d’abord comme une posture pour installer des relations horizontales pour comprendre et dialoguer à partir des réalités concrètes. Les regards sont croisés avec bienveillance, sans complaisance pour être constructifs. Tous sont activement contributeurs, engagés à des places distinctes, sur un même chemin de connaissance.

La rencontre s'est déroulée à Mamers, accueillie par le Café associatif « La Ruche » (Pays de la Loire)
Cette petite ville d'environ 5000 habitants, pôle économique du Saosnois, perd des industries et de la population. La fermeture de Moulinex en 1997 avec 411 emplois perdus, a porté un coup dur à la ville. Les accueillants de La Ruche ont exposé leurs problématiques et leurs activités dans leur cadre d’action et leur contexte. Le constat des promoteurs de ce lieu de vie est qu'il existe peu d’informations disponibles sur l’économie solidaire et sur son impact, peu d’offres alternatives en termes de distribution de produits bio, écologiques, éthiques, alors qu’il existe une demande en termes d’éco citoyenneté. Il n’existe pas d'association sur le territoire, impliquée dans l’animation d’un lieu de vie interactif, intergénérationnel, inter-associatif, or il y aurait besoin d’un lieu fédérateur pour les habitants et les associations. C'est ce qu'ont mis en place depuis quatre ans, Nicole Leguay et Amélie Demonchy avec beaucoup de bénévolat dans leurs partenariats. Le Café associatif mène des activités d’éducation à la parentalité, d’échanges Réciproques de Savoirs et de sensibilisation à l’environnement. Leur projet se concrétise aussi dans un groupement d’achat de produits locaux bio pour répondre à la demande de circuits courts. Une dizaine de producteurs alimentent 50 familles adhérentes.
En 2012, « La Ruche » franchit un cap, s’engage dans un projet de transition alimentaire de plus grande envergure avec la ville et organise en novembre 2012 un voyage à Todmorden, ville britannique (dans laquelle le mouvement international des « Incroyables Comestibles » a débuté en 2008) pour aller chercher les informations à la source, avec des partenaires de la ville et des élèves pour réaliser un documentaire.

La rencontre avec les étudiants intervient en janvier 2013, soit quelques semaines plus tard, à un moment où l’Association est stimulée en position de médiatrice pour la mise en œuvre d’un projet de « Ville Comestible ». Avec pour devise : Ne te demande pas ce que ta ville peut faire pour toi, mais dis-toi: "qu'est-ce que je peux faire pour ma ville ?" C’est une chance pour les étudiants, d’autant plus que le partenariat de La Ruche les associe de façon ouverte à toutes les facettes de leurs activités. C'est une opportunité pour La Ruche qui obtient, par cette marque d'intérêt extérieur et ce regard plus théorique qui lui fait défaut un appui très estimable.

Une délégation extérieure, pour une première fois composée d'étudiants, observe pour comprendre, discute pour faire retour de ses analyses et de ses propositions. Ce croisement entre enseignements issus des pratiques d'une part et approche plus théorique d'autre part, répondait aux attentes des accueillants. Les quinze étudiants de l’Université de Haute-Alsace? sont accueillis de façon très conviviale et bien préparée par La Ruche. Ils se sont véritablement constitués et organisés en délégation pour observer, questionner sous toutes les facettes « cette innovation socioéconomique locale et reliée ». Le parti pris de cette rencontre échelonnée sur cinq jours complets a été d’inviter chacun à s’exprimer depuis son « je » (singulier et subjectif) lors des entretiens, pour comprendre le comment d’un itinéraire vers une participation au « nous » du projet et quelle est la place de chacun dans ce système de relations qu’ils forment ensemble.
La progression du travail a permis de collecter une ample matière, mise en discussion par étape, dans trois sous-groupes thématiques, pour aller vers une synthèse assumée collectivement et présentée aux partenaires de La Ruche (une dizaine d'entre eux étaient présents) par la délégation avant leur départ. Un rapport collectif a formalisé le déroulement et les conclusions. Il a été adressé fin février aux accueillants pour leur usage interne et leur communication locale.

Se faire les catalyseurs d’une méthode pour apprendre est le projet pédagogique des P'actes Européens.
Leur constat est que les promoteurs d’initiatives socioéconomiques se laissent absorber par « le faire » et produisent des rapports d’activités dans les cadres définis par leurs financeurs. Leur ingénierie sociale : « le comment » ils répondent aux problèmes du quotidien - aux conditions de leur contexte économique et social, culturel et institutionnel - reste ignorée.

Les retours et l'évaluation permettent d'affirmer que les quatre composantes de cette expérience: La Ruche, les étudiants, l'Université de Haute Alsace et les P'actes Européens y ont trouvé leur compte !

Pour La Ruche:

Une visibilité accrue pour l’association vis à vis des partenaires et des habitants; mais aussi des rencontres, une ouverture, des apports théoriques, un état des lieux de l’activité et des moyens de l’association, la mise en perspective pour une stratégie de développement à moyen terme.

L’association en interne y a trouvé un regain de dynamisme et de crédibilité. Les adhérents, personnes impliquées, ont tous et toutes beaucoup apprécié ces moments de convivialité, sérieux et professionnalisme.

Nicole et Amélie y ont trouvé une aide précieuse pour faire passer des messages quant à la professionnalisation de l’association et une reconnaissance du travail effectué.

Pour les étudiants: quelques extraits

Je pense que le voyage apprenant est pertinent, utile et probablement à fort impact. Rencontrer et plonger au coeur d'une expérience qui de plus est analysée, transmise et réciproquement utile est une démarche pédagogique à laquelle j'adhère. La découverte de cette méthode aura (je l'espère) autant d'impact sur mon parcours que le contenu lui-même.

Les entretiens avec autant d’entités différentes et variées ont été très bénéfiques. Connaître l’écosystème d’une association et les difficultés qu’elle rencontre pour se développer est très enrichissant. La densité des réunions, auxquelles on a assisté, a permis un apprentissage sérieux.

La place a été laissée à une forme de dialogue informel entre membres d’un même groupe, mais aussi plus globalement entre tous. Un lien de confiance a pu s’instaurer, libérant ainsi la parole de chacun dans un cadre sécurisé (celui du non-jugement, de la bienveillance, de la communication…)

Pour Josiane Stoessel et Martine Theveniaut, l'expérience est concluante:

Le Voyage Apprenant, comme outil de construction des savoirs dans la transition est une expérience d’apprentissage qui trouve sa place dans une formation académique.